Ensemble Scolaire Le Beau Rameau

 
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Club Lecture

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 Cette année, à l'initiative de deux professeurs de lettres, Mme Lacave et Mme Lim Kee, les adultes de l'établissement volontaires se réunissent une fois par mois pour faire part de leurs découvertes littéraires.
Voici un compte rendu de leur dernière rencontre.

Le troisième rendez-vous du Club Lecture des profs a accueilli un invité spécial le 3 décembre 2018. Un écrivain né en 1958, connu pour ses polars (Ce pays qu’on assassine, Hyenae, Parjures, Beso de la muerte, Trois heures avant l’aube) qui lui ont acquis un lectorat fidèle qui n’a pas manqué d’aller le rencontrer au festival « Un aller-retour dans le noir » à Pau en octobre dernier : il s’agit de Gilles Vincent, venu participer à une table ronde autour de son roman, Dans la douleur du siècle, publié aux éditions In8.

Après une photo devant le Central, lieu emblématique du roman, Gilles Vincent révèle les coulisses de l’écriture du roman. Il le présente comme étant davantage une quête de vérité qu’un polar, mais on ne peut s’empêcher d’y retrouver sa « musique » d’écrivain comme il l’appelle. Un livre qui trouve son origine dans une « douleur » familiale car son grand-père était un déporté revenu émacié et méconnaissable.

 

Dans la douleur du siècle est le récit de l’enquête que mène Samuel, homme d’âge mur, sur les raisons du silence de son père qui a mis une chape de plomb sur le foyer depuis des années. Ce personnage qui n‘a pas tous les codes de notre société se retrouve, à la cinquantaine, à vivre comme un enfant chez une mère étouffante et un père mutique. Comme Gilles Vincent aime les duos et qu’il considère souvent les femmes comme « salvatrices », il va lier Samuel à une femme qui se joindra à cette enquête. Considérant qua la photographie est « symptomatique d’une époque », elle prend une place prépondérante dans cette recherche qui mêle histoire et intimité. Car si les enfants juifs dénoncés aux Allemands et gazés évoquent tout un pan de l’Histoire, ce drame fera écho à l’histoire personnelle de Samuel qui porte des choses qui ne sont pas les siennes.

Il faut savoir que l’auteur a lui-même mené un véritable travail d’enquêteur aux environs de la Croix des Hauteurs à Lestelle-Bétharram et dans les courants du Gave pour écrire cette œuvre qu’il voulait pétrie d’une expérience physique. En effet, il estime que la géographie d’un roman influence les personnages de telle sorte qu’elle n’est pas à choisir légèrement. Arrivé à la Croix des Hauteurs il y a quatre ans, un lieu « en hauteur, isolé en soi, beau », il a eu la révélation de la topographie de son roman.

C’est par ce travail sur les détails, tel une dentellière, en gagnant le pari de maintenir une écriture resserrée, que Gilles Vincent nous propose un roman bouleversant de vérité. Depuis, il a publié Noir Vézère qui pose le postulat de l’art capable de réparer les blessures, entre la Préhistoire et 1919, qui confirme cette mélodie de l’alternance chère à son écriture. Vivement le prochain roman qui évoquera cette fois le désamour et qui sortira en février. Est-ce pour faire un pied de nez à la St Valentin ?